28.10.2026

DESIGNING TOMORROW – CONCEVOIR L’EXCEPTIONNEL

Rencontre avec Alexandre Fougea, designer

Comment naît un objet singulier ? Comment sortir des codes et des solutions déjà éprouvées ? Et surtout, comment passer de l’idée à un objet reproductible sans banaliser ce qui le rend exceptionnel ?

Pour ce premier rendez-vous DESIGNING TOMORROW, FPM ouvre le dialogue avec Alexandre Fougea, designer et ingénieur de formation.

Une rencontre pour déplacer le regard, croiser création et fabrication, et explorer comment concevoir l’exceptionnel pour mieux le rendre réalisable.

ALEXANDRE FOUGEA

Alexandre Fougea est ingénieur-designer passionné, diplômé des Arts & Métiers. Depuis plus de vingt ans, il explore le lien entre design et ingénierie, notamment à travers son studio et sa marque Akonite. Il a eu la chance de collaborer avec des marques et des créateurs de renom, tout en enseignant depuis 2009 au sein de la section Design Objet à l’École des Arts Décoratifs de Paris. Son objectif est de créer des objets et des espaces qui allient fonctionnalité, esthétique et respect de l’environnement. Il collabore étroitement avec un solide réseau de partenaires fabricants français.

EXCEPTIONNEL PAR LA JUSTESSE

Pour Alexandre Fougea, l’exceptionnel ne naît pas nécessairement de l’accumulation ou du spectaculaire. Au contraire. « Un objet exceptionnel répond d’abord à un besoin. Il doit pouvoir durer, être réparé, transmis. C’est pour moi le contrat de base que propose le luxe. » La qualité des matériaux et la singularité des savoir-faire y participent pleinement, à condition d’être pertinentes et cohérentes avec le projet, utilisés au bon endroit, pour une bonne raison.

« Je n’aime pas la gratuité, le superflu. Un objet devient exceptionnel quand tout est juste : la matière, le geste, la fabrication. On peut utiliser un matériau coûteux s’il a du sens, s’il va tenir et durer. On doit sentir cette idée d’héritage et de transmission. C’est une vision qui fait écho à l’évolution des codes du luxe : des objets plus simples, plus pratiques, capables de résister à l’usage, et une valeur qui se déplace aussi vers l’expérience. »

UN AUTRE REGARD SUR LA FORME

Mais comment générer cette singularité sans reproduire ce qui existe déjà ? La réponse d’Alexandre Fougea est assez radicale : ne pas commencer par dessiner. « Je ne rentre jamais dans un projet par la forme. Je pars de l’usage, de la fonctionnalité, des contraintes : l’objet doit être posé, manipulé, accroché… Ce sont ces surfaces fonctionnelles qui vont tirer des lignes de force. Et c’est comme cela que l’on peut faire émerger des formes inattendues. » 

À cette première méthode s’en ajoute une autre : aller voir ailleurs. Sport, médical, architecture, artisanat, industrie, ethnographie… Alexandre Fougea revendique une approche volontairement décloisonnée du design. « Pour rester fertile, il ne faut pas s’enfermer dans son domaine. Une membrane découverte dans le médical peut peut-être un jour nourrir une réflexion sur un objet de luxe. Il faut rencontrer d’autres spécialistes, regarder comment ils font ailleurs, parfois sans même savoir encore ce que l’on cherche. » Autrement dit, s’inspirer d’autres univers ouvre de nouvelles possibilités.

TESTER AVANT DE TOUT DESSINER

Dans le design d’Alexandre Fougea, l’expérimentation intervient alors très tôt. Échantillons, carton, maquettes à l’échelle 1, essais de matières, assemblages : le réel entre dans le processus avant même que le dessin ne soit figé. « Une tôle de deux millimètres, sa tension, son comportement… on ne peut pas vraiment les comprendre avec un dessin ou une 3D. Il faut manipuler. Très vite, je fais des mock-ups, des maquettes à l’échelle 1. On passe la main, on touche, on teste la prise en main. »

Et surtout, le designer ne travaille pas seul. « C’est un ping-pong permanent. J’aime intégrer très tôt les fabricants. Ils ont un autre regard sur le projet et leurs propositions nous permettent d’être plus justes, plus économes. Même si nous restons garants du dessin, le projet évolue avec eux. » Une épaisseur change. Un assemblage se simplifie. Une matière disparaît. Le calepinage (l’optimisation des découpes) permet de réduire les chutes. Les proportions évoluent. La contrainte de fabrication ne vient plus limiter la création : elle participe au design.

DE L’EXCEPTIONNEL À LA SÉRIE

C’est là que prospective et réalité industrielle se rejoignent. Car pour Alexandre Fougea, le designer n’est pas un artiste créant une pièce unique. Il conçoit pour un usage et pour une organisation : l’objet doit pouvoir être reproduit.

« La série permet d’obtenir des coûts de production réalistes et une vraie reproductibilité. On utilise la machine là où elle est pertinente. Mais dans un objet exceptionnel, il reste souvent une étape où l’on a besoin d’une personne très qualifiée. Dans la gamme de fabrication, il y a encore une main experte. »

Une combinaison entre technologie, reproductibilité et savoir-faire qu’il a justement retrouvée lors de sa visite des ateliers FPM. « Chez FPM, j’ai ressenti cette force artisanale, mais aussi le côté série, la machine, le high-tech. Cette envie de s’intéresser aux nouvelles technologies tout en gardant la main. C’est ce qui m’a stimulé. »

FPM : S’AUTORISER À SORTIR DU CADRE

Cette année, Alexandre Fougea et son équipe se sont rapprochés de FPM pour réfléchir à la dimension design de la marque FPM et lui donner corps. Plutôt que de concevoir un nouveau packaging, Alexandre a proposé d’élargir le champ d’expérimentation pour imaginer des objets capables d’exprimer les savoir-faire, les valeurs et les engagements de FPM.

« L’idée était d’ouvrir le cadre et de ne pas être directement dans le produit. Imaginer plutôt un symbole utile, qui permette de transmettre les savoir-faire, l’esthétique, la fonctionnalité, mais aussi les engagements environnementaux du groupe. C’est une forme de laboratoire créatif : tester, apprendre, provoquer des rencontres et faire émerger des solutions qui pourront devenir réalité. Il faut ouvrir les portes très largement, puis resserrer. Enlever, simplifier, rendre le projet plus précis, plus efficace. Aux Arts Décoratifs, je disais souvent à mes étudiants : votre travail, c’est d’enlever. »

L’aboutissement ? Une collection prospective de coffrets imaginés pour l’horlogerie, la joaillerie, le parfum, les champagnes et spiritueux, qui explore de nouvelles expressions de la matière et de la nature à travers les savoir-faire FPM. Mais aussi des hôtels à insectes, symboles des engagements du collectif en faveur de la biodiversité, destinés à accueillir les visiteurs à l’entrée de ses sites.

Merci à Alexandre Fougea d’avoir partagé sa vision et imaginé avec FPM cette collection d’objets et de packagings inspirée de la nature. Une invitation à sortir des habitudes, à expérimenter autrement et à confronter très tôt l’idée au réel. Car concevoir l’exceptionnel, c’est aussi réunir les conditions qui permettront de le fabriquer.

Les équipes FPM

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